Le livre des minutes :
le document qui bloque
les transactions

Corporatif Classeurs de registres alignés sur une étagère

Aucun dirigeant ne se lève le matin en pensant à son livre des minutes. Il y pense le jour où un acheteur le réclame, où une banque le demande avant un financement, ou où un associé exige d’y avoir accès.

C’est à ce moment que l’on découvre qu’il n’a pas été tenu depuis huit ans. Et c’est à ce moment que la transaction s’arrête.


Ce que contient réellement un livre des minutes

Ce n’est pas un cahier de procès-verbaux. C’est l’ensemble de la mémoire juridique de la société.

Les documents constitutifs

Statuts de constitution et toutes les modifications ultérieures, certificats délivrés par l’autorité compétente, règlements internes.

Les résolutions

Décisions des administrateurs et des actionnaires : nominations, émissions d’actions, déclarations de dividendes, approbation des états financiers, autorisation d’emprunts et de contrats importants.

Les registres

Registre des actionnaires, registre des administrateurs et dirigeants, registre des transferts d’actions, registre des valeurs mobilières émises.

Les certificats d’actions

Émis, signés et inscrits au registre. Leur absence est le défaut le plus fréquent que nous rencontrons.

Les déclarations aux registres publics

Déclarations annuelles et de mise à jour, y compris celles relatives aux bénéficiaires ultimes.


Pourquoi il bloque une transaction

Un acheteur sérieux commence sa vérification diligente par le livre des minutes, parce qu’il répond à la seule question qui compte avant toutes les autres : qui possède réellement cette société.

Si les actions n’ont jamais été émises, personne n’en est officiellement propriétaire et il n’y a rien à vendre tant que la situation n’est pas régularisée. Si un transfert n’a jamais été inscrit, la chaîne de propriété est rompue.

La régularisation rétroactive est possible, mais elle prend des semaines, coûte cher et se fait sous la pression de l’échéancier de la transaction. C’est le pire moment pour la découvrir.


Les cinq défauts les plus fréquents

Nous les retrouvons dans la majorité des dossiers de PME qui n’ont jamais eu de suivi corporatif.

Des actions autorisées mais jamais émises. Des certificats d’actions inexistants ou non signés. Aucune résolution d’approbation des états financiers depuis des années. Des administrateurs qui ont quitté sans résolution de démission, et qui figurent encore aux registres publics. Des dividendes versés sans résolution, ce qui les expose à une requalification.


Le lien avec les registres publics

Le livre des minutes est le document interne; les registres publics en sont le reflet. Les deux doivent concorder.

Une société québécoise produit une déclaration de mise à jour annuelle au Registraire des entreprises. Une société fédérale produit une déclaration annuelle à Corporations Canada, et si elle exerce au Québec, la déclaration québécoise également.

Le défaut de production mène à la radiation. Une société radiée ne peut plus contracter valablement, et sa reconstitution s’ajoute à la liste des choses à régler avant une vente.


Comment le tenir sans y penser

La tenue courante représente peu de travail : une résolution annuelle d’approbation, les déclarations aux registres, et une mise à jour à chaque décision structurante.

C’est précisément le genre de suivi qui se perd lorsqu’il n’est confié à personne. C’est aussi la raison pour laquelle plusieurs entreprises l’intègrent à un mandat de conseiller juridique externe plutôt que d’y penser une fois l’an.


Questions fréquentes

Le livre des minutes est-il obligatoire?

Oui. La loi impose à toute société de tenir des livres où sont consignés les statuts, les règlements, les résolutions, le registre des actionnaires et celui des administrateurs. L’absence de ces livres n’annule pas la société, mais elle la met en défaut et bloque toute transaction.

Que se passe-t-il si le livre n’a jamais été tenu?

Il se reconstitue rétroactivement : on rédige les résolutions manquantes, on documente les décisions prises et on met les registres à jour. L’opération est plus longue et plus coûteuse que la tenue courante, et certaines décisions anciennes deviennent difficiles à reconstituer fidèlement.

Un livre des minutes électronique est-il valide?

Oui, à condition que les documents soient conservés de manière fiable, accessibles et intègres. Le support n’a pas d’importance, la traçabilité en a.

Qui peut consulter le livre des minutes?

Les actionnaires ont un droit d’accès à certains registres, notamment celui des actionnaires et des administrateurs. Ce droit devient central dans un conflit : un refus d’accès est souvent le premier signe d’un dossier d’oppression.


Le meilleur moment pour régulariser

C’est maintenant, pas au moment où un acheteur, une banque ou un associé le réclame. Une mise à niveau faite à froid coûte une fraction de ce que coûte une régularisation d’urgence sous échéancier de transaction.

Pour aller plus loin : l’incorporation et la structuration, la vérification diligente, et la convention entre actionnaires.

Planifier une consultation
Me Abdelkrim Kebache, avocat
Publié sous la direction de Me Abdelkrim Kebache

Avocat, membre du Barreau du Québec depuis 2014, fondateur de MEKA AVOCAT. Ce texte présente de l’information juridique générale : il décrit des règles qui s’appliquent au plus grand nombre, non la solution d’un cas particulier, et ne remplace pas un avis sur votre situation.

Pour aller plus loin.

Trois lectures qui prolongent ce sujet, si vous préférez vous documenter avant de nous parler.

Une question sur ce sujet?

Décrivez votre situation en quelques lignes. Nous répondons généralement dans un délai d’un jour ouvrable.

Écrire au cabinet